Ludipunk et Ludobox

Du punk et des jeux

ludipunk2016_affiche Ce week-end, je suis passée au Ludipunk Fest (programme pdf), qui se tenait au Jardin d’Alice, dans le cadre plus large du F.O.U. ou Festival des Ouvertures Utiles (programme pdf). Cette année, Ludicité, festival de jeux de société et de rôle organisé par la MAD depuis une dizaine d’années dans divers squats parisiens, avait fusionné avec le Spiele Punk, autre festival de jeux impulsé par l’éditeur Les Chiens de l’enfer autour de thématiques un chouïa trash et/ou subversives. Comme chaque année, de grands éditeurs de jeux francophones étaient présents avec leurs nouveautés, et comme chaque année, voire même plus que d’habitude, il y avait du jeu politique avec, entre autres, une conférence dessinée des Britanniques de Terror Bull Games et une game jam autour de l’état d’urgence et du 49.3.

Bref, j’aurais dû m’y précipiter, mais j’ai traîné des pieds. Cette année, j’ai en effet arrêté de jouer, dégoûtée par le sexisme du milieu joueur parisien, pour me consacrer à d’autres passe-temps plus gratifiants. Du coup, même avec un programme aussi alléchant, j’ai eu du mal à me motiver. J’ai eu tort: une fois là-bas, j’ai regretté de ne pas être passée plus tôt.

Même si j’ai à peine joué, je me suis bien amusée. Le collectif Random Bazar avait apporté des installations au carrefour du jeu vidéo, de la performance artistique et de la bidouille numérique. J’avais déjà testé Adsono de Mechbird à la première MakerFaire de Paris. J’ai apprécié Palimpseste du Chant du cygne avec son casque low tech, enfant illégitime de l’Oculus Rift et la visionneuse stéréoscopique de mon enfance. Mais c’est surtout La rhétorique peut casser des briques de Florent Deloison qui m’a enchantée: ce détournement situationniste du jeu Tetris se pilote à la voix à l’aide d’un bon vieux téléphone Socotel S63 en prononçant des synonymes des mots gauche, droite, rotation et chute. Chuchoter des noms d’hommes politiques dans le combiné pour déplacer des pentominos, c’est délicieusement décalé et tellement « Giscard punk »!

Du libre et du ludique

ludovoxMais, si je suis venue cette année, c’est surtout pour parler avec Dcalk, l’équipe derrière la Ludobox. J’avais déjà eu l’occasion de faire la connaissance de Catherine et de Marie lors d’une présentation du projet à la Petite Rockette fin mars 2015. Ça m’a fait plaisir de les revoir et de faire le point sur leurs multiples projets. Depuis que j’ai entendu parler pour la première fois de Dcalk / les Chiens de l’enfer, ils ont été successivement nantais, mi-parisiens mi-bruxellois et maintenant tourangeaux. Leur bougeotte/wanderlust les a amenés en Grèce, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et ailleurs. Ils ont essaimé leur Ludobox dans des fablabs, des EPN, des musées (le superbe Musée de la carte à jouer d’Issy-les-Moulineaux) et c’est pas fini! Ils prévoient de lancer une nouvelle version de l’interface et d’animer un nouveau type de médiation autour de la Ludobox.

Mais une Ludobox, c’est quoi exactement? Ben, c’est une Piratebox consacrée aux jeux. Oui, mais une Piratebox, c’est quoi? C’est un routeur wifi connecté à un dispositif de stockage qui crée un réseau fermé (offline donc) sur lequel on peut se connecter pour télécharger ou déposer du contenu. Malgré son nom, il ne s’agit pas habituellement de contenu piraté mais de fichiers sous licence libre. Les documents partagés peuvent être de toute nature: textes, graphismes, logiciels, etc. Il y a donc eu des déclinaisons de la Piratebox pour des usagers donnés, la plus populaire étant la Bibliobox et toutes les autres dérivations destinées aux bibliothèques.

ludobox

Sur la Ludobox, bien sûr, les documents partagés, ce sont des règles de jeux, des cartes à imprimer, mais des fichiers .stl pour imprimer des pions, des plateaux à découper et graver à la découpeuse laser, etc.

Dcalk apporte généralement une imprimante 3D portable sur leurs animations et les participants peuvent télécharger les règles, les cartes et les plateaux tout en lançant une impression des pions. Pendant ce temps, d’autres participants peuvent se lancer dans une partie avec le matériel existant. Bref, c’est toujours une animation intéressante avec des facettes ludiques, numériques et libristes. Une animation idéale pour un Open Bidouille Camp, par exemple, non?

La fabrication numérique, un jeu d’enfant?

Photo0075Ludipunk et Ludobox, tout comme l’espace décrite par Yann dans son article « Ludomaker, un fablab très joueur », sont des initiatives qui prouvent que les croisées entre du ludique et de la fabrication numérique sont des voies qui méritent d’être explorées davantage. Et elles peuvent constituer des itinéraires privilégiés pour conduire les plus jeunes, enfants et ados, à la découverte des espaces de fabrication numérique.

____ Clara [à faire: quelques liens à rajouter]