Le Fablab BIC Lazio Roma Casilina

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Coin détente au BIC Lazio de Roma Casilina

Le BIC Lazio

Le BIC Lazio,  c’est le « Business Innovation Center » de la regione Lazio (la région Latium): un centre qui promeut l’innovation dans les entreprises avec la bénédiction de l’European BIC Network (EBN). Comme on peut s’y attendre, on y trouve pépinières d’entreprises et incubateurs à start-ups, qui offrent différents services et programmes pour conseiller et encadrer les apprentis start-upeurs. Entre autres services, vous l’aurez deviné, l’accès à un fablab.

Enfin, je devrai plutôt parler des BIC Lazio au pluriel, car il y en a plusieurs, implantés sur différents points du territoire de la région Latium. À Rome, il y en a deux, l’un au siège du BIC Lazio à Roma Casilina, l’autre à Roma Tecnopolo Tiburtino. Les autres sont éparpillés dans des incubateurs appelés « spazi attivi » disséminés un peu partout dans le Latium: à Bracciano, Colleferro, Ferentino, Latina, Rieti, Viterbo.

Parmi eux, cinq sont (ou vont être sous peu) équipés d’un fablab. Chaque fablab a une spécificité liée à son implantation.

Le Fablab Roma Casilina est axé sur l’industrie créative, dont plutôt multimédia, artistique, design, mode et arts interactifs.

Le Fablab Viterbo se spécialise dans la protection du patrimoine artistique et culturel.

Le Fablab Bracciano, dans un environnement plus rural, est consacré à l’agrifood.

Le Fablab Latina, actuellement fermé pour travaux, est généraliste.

Le Fablab Rieti, dont l’inauguration est prévue pour la rentrée 2016, sera dédié à l’électronique, l’énergie et l’environnement.

 

Le Fablab BIC Lazio Roma Casilina

Je vais surtout vous parler de celui de Rome puisque c’est celui que j’ai visité et que je me suis entretenue avec Davide, son fablab manager (dont les propos ont été complétés par des conversations avec Rosita et Silvio, qui y ont aussi travaillé), mais je ferai aussi allusion aux autres à l’occasion.

Le lieu et l’équipement

Le Fablab BICLazio Roma Casilina se trouve au tout début de la via Casilina, ancienne voie romaine encore en service, derrière Porta Maggiore et un peu avant le quartier à la mode (tendance hipster) de Pigneto. Il est hébergé par le BIC Lazio donc, qui occupe l’un des bâtiments d’un ancien complexe agroindustriel des années 1920 (une ancienne fabrique de pâtes et de biscuits!) renové et dédié à de nouveaux usages.

Le fablab se trouve tout au bout de l’espace #Talent working, une sorte d’espace de co-working mis à disposition gratuitement à des porteurs de projets choisis sur dossier. On parcourt d’abord un coin détente et un openspace, avant d’arriver à la zone fablab au bout du couloir.

Après s’être identifié et avoir noté ses heures d’arrivée et de départ à l’accueil du fablab (on verra tout à l’heure pourquoi), on a ccès à un couloir meublé de placards (où est rangé le matériel sans rien qui dépasse) qui dessert trois salles: la première, c’est le training lab: la salle réservée aux formations; la deuxième, c’est le digital lab, réservée à la fabrication numérique; la troisième, c’est l’interactive lab, consacrée au multimédia.

À noter que seuls les fablabs de Roma Casilina et Latina sont équipés de ces 3 salles distinctes, les autres ont juste un espace de formation et un espace ordinateurs et machines. À Bracciano, il y a bien une 3ème salle de 50 m² en plus, mais c’est le kitchen lab.

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À Roma Casilina, espace réduit, mais équipement varié

Si l’espace du Fablab BIC Lazio Roma Casilina (50 m² en tout, je crois) est beaucoup plus réduit qu’au Fablab Roma Makers de Garbatella, le lieu est équipé avec des machines bien plus coûteuses. On voit vite que les ressources financières dont disposent les fablabs BIC Lazio sont conséquentes.

Si j’ai bien compris, ce n’est pas Roma Makers qui s’est occupé de l’aménagement et de l’équipement des fablabs BIC. Ils ont remporté l’appel d’offre pour la gestion des lieux, mais ceux-ci avaient déjà été équipés quand ils sont arrivés.

Pour avoir le détail de l’équipement de chaque fablab BIC Lazio, vous pouvez cliquer sur sa page et dérouler pour avoir la liste et les fiches techniques des machines dont il est équipé.

La spécialisation de chaque lieu se reflète dans son équipement, bien entendu. Par exemple, à Roma Casilina (industrie créative), l’interactive lab est équipé de matériel informatique et multimédia de pointe, notamment une palette graphique king size et un casque Oculus Rift, et une traceuse (plotter) imposante occupe tout un mur du digital lab. À Viterbo (patrimoine culturel), il y a des scanners mobiles pour scanner les monuments et des drones pour faire des relevés et des plans. Quant au kitchen lab de Bracciano (agrifood), on ne s’étonnera pas d’y trouver une imprimante à chocolat et une fraiseuse pour créer des tampons à relief et des moules personnalisés à usage alimentaire.

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La traceuse maousse du Fablab Roma Casilina

 

Le modèle économique et le fonctionnement: pas de MLC, mais des « banques du temps »

Comme on l’aura compris, le fablab est financé par la région Latium et les fablab managers sont salariés par le BIC Lazio. Pour les fondus de modèles économiques, vous pourrez en savoir plus sur le détail des parts de financement apportées par la région, l’État italien et les fonds européens pour le développement régional ici.

L’utilisation des fablabs BIC Lazio est entièrement gratuite (ou presque), mais elle est réservée aux porteurs de projets de l’incubateur #Talent working, qui sont choisis sur dossier. Les heureux élus peuvent bénéficier d’un poste de travail et des infrastructures du BIC Lazio (y compris le fablab donc) pendant 6 mois maximum entièrement gratuitement.

Enfin presque entièrement gratuitement, car ils s’engagent à donner 10 mn de leur temps en échange de chaque utilisation des infrastructures sur le principe de la « banque du temps » (au BIC ou aux autres utilisateurs du BIC par exemple). Petit clin d’oeil au passage à Yann et Vincent, qui s’intéressent aux monnaies locales complémentaires (MLC): ici, c’est le principe du troc de temps qui a été retenu (et que personnellement je trouve plus intéressant). C’est un système qu’on appelle banca del tempo (« banque du temps ») en Italie. En France, l’équivalent le plus proche, c’est le Système d’échange local ou SEL. Mais le succès qu’il a rencontré en Italie est sans commune mesure avec sa diffusion en France. Je me souviens du temps où il était surtout l’apanage des milieux alternatifs italiens. Ce n’est plus le cas, il a été repris et banalisé par toutes sortes d’institutions: au marché, j’ai même vu des affiches énormes annonçant les banques du temps organisées par la mairie de Rome!

Ce système encourage encore plus la collaboration entre résidents de l’incubateur. Si un codeur a besoin d’un logo, il va faire appel à un autre résident graphiste. À terme, cela pourra déboucher sur un projet professionnel commun, ou du moins à des carnets d’adresse utiles dans la poursuite de l’activité. D’ailleurs, ça marche plutôt bien, comme me l’a raconté Davide. Souvent, des équipes se forment sur un projet ponctuel comme un hackhhaton par exemple, regroupant des compétences complémentaires. Et elles continuent à collaborer bien au-delà, après leur départ de l’incubateur.

Malgré la gratuité des prestations au Fablab BIC Lazio Roma Casilina, le fait qu’elles soient réservées aux « résidents » permet d’éviter qu’il fasse une concurrence déloyale d’une part au Fablab Roma Makers, associatif, qui a donc besoin des cotisations de ses adhérents pour fonctionner, et de l’autre aux espaces de co-working privés dont c’est le fonds de commerce.

La charte des fablabs est néanmoins respectée car les cours de formation sont eux totalement gratuits et ouverts à tous, y compris aux personnes de l’extérieur, ce qui évite aussi que le fablab ne fonctionne qu’en vase clos.

 

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