Interview de Jorge SANABRIA-MAKER EDUCATION vue du Mexique

MAKER EDUCATION / Culture Maker dans l’apprentissage et l’éducation en milieu scolaire et universitaire au MEXIQUE

Jorge SANABRIA Université de Guadalajara

JORGE SANABRIA
JORGE SANABRIA

Bonjour à tous,

J’ai rencontré Jorge Sanabria via mon réseau personnel, il est professeur/chercheur à l’université de Guadalajara au Mexique.Et j’ai eu envie de le présenter au Faclab via le blog sous forme d’interview.Jorge et sa femme s’implique dans l’éducation via les makerspaces.J’avais envie d’ouvrir mon horizon et comprendre un peu ce qu’il se passe ailleurs comment aborder l’éducation dans un cadre institutionnel ? Puisque je suis au FACLAB de Gennevilliers, dans le cadre de ma formation universitaire j’ai eu envie de l’entendre et comprendre pourquoi ici ou là, la culture Maker prend telle ou telle forme, selon les cultures, les pays, ainsi que dans le cadre éducatif?

Qu’en est-il dans d’autres pays? Les fablabs ne se développent pas de la même façon!  Je  me rend compte en creusant qu’il y a bien des disparités et c’est aussi pourquoi j’ai envie de retransmettre des échos plus lointains.

Camille

Jorge Sanabria

Titulaire d’un doctorat en sciences du Kansei Science – Advanced Research Center in Neuroscience, Behaviour and Qualia, de l’Université de Tsukuba, au Japon. Il a suivi un cours postdoctoral à l’Université de Guadalajara, au Mexique, à partir duquel il a développé la méthode d’immersion graduelle, une approche visant à promouvoir la cognition créative dans des environnements de collaboration. Il est actuellement responsable du programme d’innovation et professeur à temps plein à l’Université de Guadalajara, où il se concentre sur le développement de méthodes de formation et d’évaluation des compétences du XXIe siècle dans les environnements de fabrication numérique et de robotique éducative. Parmi ses activités, citons le lancement d’un réseau de laboratoires de fabrication au sein d’un réseau d’écoles secondaires publiques à Jalisco, au Mexique, composé de 9 laboratoires d’étudiants et d’un laboratoire central de formation des enseignants, où il élabore des cours pour améliorer les connaissances relatives aux compétences du 21e siècle en matière de fabrication et aux environnements de laboratoire.

Jorge: Le concept que nous avons lancé à l’université c’est un réseau de laboratoires de fabrication, des makerspaces numériques.Vraiment numériques, normalement dans les makerspaces, il y a les outils qui ressemblent à ceux des lieux de design industriel, imprimante 3D, découpe laser, la fraiseuse numérique…

Camille: Quand vous avez-vous créé le fablab dans l’université, vous-vous êtes inspirés de la charte du MIT? Comment a-t-il été conçu?

Jorge: L’ histoire a commencé avec le ministère de l’innovation mexicain qui a initié l’université au projet.A l’université de Guadalajara il y a un système de lycée qui regroupe presque 150 écoles et lycées.Le ministère de l’innovation a construit avec l’université un laboratoire interne avec le concept « FABLAB at SCHOOL » c’est à dire le modèle de l’université de Stanford (USA) ce n’est pas un « fablab » car ce n’est pas ouvert pour le public, pour une communauté, mais interne à l’université.Il n’y a pas le nombre de machines comme c’est décrit par la carte du MIT  (il y a beaucoup d’exigences dans cette dernière)…

« FABLAB at SCHOOL » : C’est un nouveau concept qui intègre le laboratoire dans le programme scolaire. L’idée a été lancée avec un premier  lab  qui mélange l’utilisation de micro-controleur, l’imprimante 3D, des ordinateurs,  pour 6 personnes, c’est très petit pour une école mais suffisant pour démarrer. C’est à ce moment là qu’ils m’ont appelé pour participer à la mise en place du lieu.J’ai invité mes étudiants de Master de technologie pour l’ apprentissage et nous avons observé, aidé, pris des notes pour améliorer le projet.Nous avons achevé la mise en place et discuté avec l’équipe, pour lancer un réseau de laboratoire dans les écoles mais avec notre propre méthodologie.

Mais il fallait tout d’abord bien connaitre la méthodologie de Stanford. Nous avons donc demandé une bourse au gouvernement au ministère de l’économie pour aller étudier là-bas.Avec cette bourse nous avons lancé 7 laboratoires: 1 lab. de formation pour les professeur « formation Maker » et 6 lab. dans les écoles.Nous avons invité 8 professeurs: 4 professeurs des lycées et 4 professeurs chercheurs, moi inclus, pour aller à l’université de Stanford faire un training, entre temps le système « FABLAB at SCHOOL » à changé pour le modèle FAB LEARN ORGANIZATION .L’école fait des activité avec les parents, les voisins, mais ce n’est pas ouvert à tout public cela reste ouvert seulement à l’intention des étudiants.

Après Stanford, au Mexique nous avons améliorer le modèle.En 2016/2017 nous avons finit les laboratoires et ils sont maintenant fonctionnels dans les écoles.J’ai compris qu’il était nécessaire de faire des projet à l’extérieur du laboratoire pour générer un écosystème.Nous avons fait des formations Maker hors-les-murs pour générer la culture Maker.Si c’est juste dans l’école il n’y a pas d’impact immédiat, il faut contruire la culture Maker.

Le travail avec le ministère de l’innovation a été clé, l’an passé ils ont lancé le projet: « IDEATON »:un rassemblement d’étudiants sur 3/4 jours pour générer un travail d’idéation collectif en groupe de travail.Ils m’ont invité à participer mais quand j’y suis allé il n’y avait rien, il y avait juste l’idée.Nous avons été observateurs, avec mes étudiants. Puis nous avons organisés l’événement l’année suivante., en conservant et améliorant l’idée, cette fois-ci nous avons organisé un Idéathon en incluant le concept « Maker » pour donner « un plus haut niveau » »haute fidélité ».Nous n’avons pas que pas 4 heures pour les projets, mais 4 jours pour imaginer, programmer et construire, c’est limité, mais suffisant pour faire et transmettre une grande innovation et son écosystème.Ces garçons et ses filles qui participent à l’Idéathon viennent de lycées de tout l’Etat de Jalisco, quand ils reviennent dans leur école respectives ils vont pouvoir retransmettre cette culture « Maker » dans leur entourage.

 


Camille: Comment es-tu venu à l’univers et la culture Maker?

Jorge: originellement j’ai travaillé plutôt pour des idées, des concepts en tant que chef de produit, du marketing, du management pour l’Oreal, Sony, etc… pour trouver les meilleures réponses aux besoins des gens, je suis plutôt quelqu’un de bienveillant pour construire un produit.Les chefs de produits/marketing et les designers bien souvent ne communique pas ensemble, ce qui amène une certaine incompréhension. Je voulais connaître les deux. je suis allés au Japon à l’université étudier le design.

Camille: A l’université Tsukuba au Japon?

Jorge: Je suis allé d’abord au Kanasawa college of art pour la céramique.Puis à Tsukuba.

Camille:Tu es resté longtemps au japon?

Jorge: Oui 14 ans!

Camille:Oh oui d’accord!!! : ))Tu parles japonais?

Jorge: Oui mieux que qu’espagnol,  je crois.

Camille: Pourquoi le japon?

Jorge:J’ai eu un voisin, des amis japonais quand j’étais enfant, la culture m’a beaucoup interressée.Dans le milieu professionnel: la culture japonaise de l’ingénieurie, du design, la manière différente de penser avec les espaces réduits, beaucoup d’idées là-bas sont amusantes, la robotique est très interressante là -bas aussi.

Camille: La culture t’a séduite!

Jorge: Oui.Lors de ma première année d’étude de design au Japon j’ai eu l’opportunité de changer de cursus. J’ai donc intégré la filière en neurosciences en combinaison avec le design industriel , j’ai étudié les êtres-humains et le biométrique, la reconnaissance faciale, etc…Tu me demande comment je suis arrivé dans le réseau « Maker »?On travaillait beaucoup le design, « KENSEI Science » « l’ingénieurie des émotions « ça veux dire que l’on utilise des données directement du corps, après on les analyse pour designer et améliorer le produit. »Maker » c’est très proche du design, puisque l’on conçoit, on utilise les ordinateurs, les outils impression 3d, le modeling 3D, … »L’univers Maker » j’en ai pris connaissance au Mexique pas au Japon.Je n’étais pas familiarisé avec la culture Maker avant.2008-2009 c’était la fin de mon doctorat, je n’avais pas le temps de le voir.Mais au Mexique j’ai pris connaissance de cet univers, même si j’étais déjà dans le design.


Camille: Il parait qu’en France le réseau des Makers, fablabs leur développement est très français. J’avais des interrogations sur le réseau Maker Mexicain, je suis curieuse de comprendre comment est-il, c’est bien souvent toujours lié à l’environnement socio-économique?

Jorge: Cette année en 2018 au Mexique, nous avons organisé le premier congrès d' »Education Maker ».Il y avait 80% écoles privées, primaires et secondaires, qui sont venus avec des budgets conséquents pour faire des makerspaces dans les écoles.Pour moi ce n’est pas le concept que je défend, l’Education Maker pour moi c’est l’opportunité de développement dans les régions vulnérables avec des étudiants en difficulté , c’est ce qui m’intérrèsse.Nous avons organisé le congrès pour nous permettre de connaître l’écosystème de Mexico City même si les professeurs venaient d’autres états et sont majoritairement des écoles privées.Cela montre que c’est déséquilibré.A Guadalajara, nous travaillons beaucoup avec des orphelinats, les régions vulnérables et pauvres.

Camille: Tu sais je suis allé au Mexique parce que je m’étais interressée à l’EZLN(Ejército Zapatista de Liberación Nacional)(L’EZLN affirme représenter non seulement les droits des populations indigènes, au nombre de 957 255 personnes appartenant à diverses ethnies (soit 22,3 % de la population du Chiapas en 2005, ces diverses ethnies sont les descendantes des mayas et représentent moins de 1 % de la population totale du Mexique qui compte plus de 112 millions d’habitants) mais aussi de toutes les minorités.L’organisation est devenue pour certains un symbole de la lutte altermondialiste)A Ocosingo, San Cristobal, j’y suis allé en 2004, 10 ans après la démarrage du mouvement EZLN, il y avait des changements du mouvement dans le temps.Ce que je voyais c’était l’envie de garder vivant et de transmettre la culture. Il y avait une conservation de savoir-faire traditionnels et je voyais très bien ce genre de savoir retransmis en fablab et  je me suis demandée si le réseau de makerspaces pouvait aider la population très pauvre à faire des choses, améliorer le quotidien…

Jorge:Au Mexique il y a des Fablabs très « business center » il faut payer pour y aller ce n’est pas démocratique, c’est un business pour la plupart.C’est bon que cela existe, mais ce n’est pas ceux là qui nous intéressent.

Camille :Oui en France, il y a aussi ce type de lieu.

Jorge:Il y a aussi des « Hackergarage », des Hackerspaces! Dont un à Guadalajara qui fonctionne bien.Les personnes dans ce lieu sont magnifiques!Mais le business plan ne fonctionne pas, ils sont tout le temps dans le rouge.Ce n’est pas possible.

Camille:Tu veux dire que cela ne fonctionne pas d’une manière ou ce n’est pas viable, il n’en tire pas de revenu?Ils n’en vivent pas? Ils survivent?Est ce qu’ils ont un impact dans leur quartiers?Localement?

Jorge:Ils n’ont pas de diffusion, pas de discussion, pas la qualité que l’on attend d’un lieu comme ça, il n’y a pas d’impact.Ce sont des petites communautés où l’on trouve toujours les mêmes personnes.Il y a des lieux qui font des efforts, ils font des ateliers ouverts, invitent des gens, mais les managers me disent toujours que c’est très difficile de maintenir les projets.Un makerspace va survivre comme ça, mais il ne va pas se répliquer, avoir une importance, sans soutien de l’état, de la politique, du gouvernement.Il n’y a pas d’études sur les résultats de l’impact d’un makerspace.

hackergarage-Guadalajara-Mexique

A Montréal, nous avons un projet sur la « Maker culture »

On désire vraiment que cela transforme l’écosystème, la culture.C’est le premier congrès sur la culture Maker, avec diverses perspectives dans le monde, c’est bien qu’il y ai des recherches pour documenter les

différentes manières de faire.

Par exemple au Mexique les personnes qui diffusent et contrôlent le reseau Maker, ont une grande motivation, mais il n’y a pas de manière de mesurer l’impact d’index sur le changement, l’impact de cette culture, par ex:l’augmentation de brevets, le changement de l’intérêt des étudiants?Ces corrélations sont importantes pour donner une signification durable au mouvement particulièrement à l’ Education Maker.C’est ce qui nous intéresse, c’est d’abord l’éducation.

À Nice j’ai vu que le Fablab a des problèmes pour survivre ils vit grâce aux subventions, il n’y a personne, je me demande si le concept fonctionne?

Camille: Je vois que certains fablabs sont crées par des institutions et il n’y a pas de communauté et de réseau à la base.D’après mon expérience ça fonctionne mieux quand une communauté est forte au départ.

Jorge:Le mouvement Maker est en vogue cela va durer quelques années après on va revenir au « DIY » aux « CLUB d’apprentissages ». Au delà du concept je pense que la diffusion à changé la vision et touche maintenant le système éducatif.Par exemple on commence voir beaucoup de makerspace dans les bibliothèques et ça fonctionne vraiment bien.Mais au Mexique ce n’est pas comme ça…il faut que l’on trouve notre point fort.L’objectif, les usages et les ressources sont différents, par exemple le Costa Rica, ou au Mexique, le concept « Maker »dans la communauté, pas dans l’école, le concept de « faire » est limité, c’est pour répondre à un besoin immédiat.Les projets « jolis  » ou « futiles »,  par ex: un drône qui distribue des préservatifs…Nous ne trouvons pas trop ce type de projet au Mexique.Les projets servent vraiment pour améliorer la vie quotidienne avec des cas concrets, le processus d’apprentissage pour nous c’est important.

La différence de contexte est importante, quand on écoute dans les congrès il y a beaucoup de concepts généraux qui n’incluent pas les différences et les spécificités des divers cultures, comme celles latino-américaines, ou asiatiques, ou autres.Entre la Thailande et le Mexique par exemple, je me suis rendu compte qu’il y a beaucoup de coïncidences.Mais quand nous avons écoutés au congrès la présentation générale des collègues des UK et des USA, ils parlent seulement de leur contexte, de leur région et ils représente le monde à travers leurs concepts.Il y avait un choc lorsque nous avons présentés les autres projets…

Maintenant c’est le bon moment, pour analyser l’impact global de ce mouvement Maker, c’est aussi pour cela que cela m’intéresse de venir ici en Europe.

Camille: Ton sujet privilégié c’est l »apprentissage?

Jorge :Les méthodologie, les impacts, comment mesurer l’impact individuel et l’impact général d’un écosystème.Dans différentes dimensions, les compétences du 21e siècle, au Japon j’ai beaucoup travaillé la créativité, la collaboration et la résolution de problème.La communication aussi.

Camille: J’aimerais t’inviter au FACLAB pour la table ronde sur les enjeux pédagogique tu aurais surement des choses intéressantes à dire!

Jorge : Oui cela serait interressant! Mais je ne suis pas sûr de mon emploi du temps.

(Jorge est venu en France quelques mois pour faire des conférences à l’Université de Nice)

En conclusion: L’avenir pour Jorge sera surtout dans la Maker Education !

jorgesanabria.net

Ideathon de 4 jours à Guadalajara pour les étudiants lycéens mexicains de l’état de Jalisco

 


Monia et Michele mes collègues du DU facilitateur#7  ont fait une rencontre thématique sur

LES ENJEUX PEDAGOGIQUES DANS LES FABLABS

« RE_CRE_ACTION : Venez imaginer et prototyper un fablab éducatif  »

le vendredi 21 décembre 2018  au FACLAB

pour ceux qui souhaitent voir la retranscription de l’événement c’ est ici

 


 

Camille Yeye-Monsini

Camille Yeye-Monsini

DU FABLAB FACILITATEURpromo*7 (2018-2019) chez FACLAB Gennevilliers
OKIDONKEY LAB
Facilitatrice itinérante

Je suis imprégnée le par le "Faire" en général!
LE FAIRE c'est créer une posture différente,
cela parle de résistance au monde, à la vie, à la mort, à la société consommation qui peut être parfois dictatrice...anesthésiante.Changer le monde, lui faire prendre des chemins imprevus...
De formation artiste plasticienne, j'ai travaillé dans le costume et la scénographie, puis évoluée vers l'industrie de la mode et du design (dont sept ans dans l'industrie de la lunetterie de luxe).
Je me suis toujours impliquées dans les réseaux qui proposaient des alternatives de vie, de consommation, j'ai participé six ans sur le projet d'habitat groupé participatif Atonix (à Cergy-Pontoise), utilisatrice pendant quatre ans de l'atelier communautaire de menuiserie de Cergy (L'atelier ABC).J'aime le collectif, mais il est quelquefois dur à mettre en place dans une société ou tout tant à l'individualisation.
L'an passé je suis partie vivre en Normandie pour apprendre l'utilisation de la traction animale et j 'ai commencé à construire des projets autour cette technique... OKIDONKEY LAB : café citoyen, atelier de Fab/pédagogique, sensibilisation à l'écologie....accueil de spectacle vivant...
Camille Yeye-Monsini

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